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sauf vendredi dernier. A ma décharge je marchais dans un quartier inconnu sous un parapluie orange et des trombes de flotte, quand l’inconnu en question est sorti de nulle part, pieds nus avec un chapeau de fourrure (probablement volé à Cruella d’Enfer ou Elena Ceaucescu).

, j’ai fait avec l’air de la fille qui a peur pour la santé des gens, tu vas prendre froid, fais gaffe, en m’apprêtant à continuer mon chemin du pas alerte de la pneumopathe que je suis.

Hé, il a fait en retour d’un air curieux aviné, c’est quoi ton nom ? et tu viens d’où d’abord ?

Le choc des culturesCorinne, j’ai répondu (c’est un principe : je mens toujours sur mon prénom), je suis allemande mais je fais exprès de faire des fautes avec un accent dégueulasse, c’est pour faire mon intéressante, j’ai délibérément continué sur le ton de l’humour drôle.

Ach so, lol, il a péniblement gloussé (il y mettait du cœur mais son trip lui prenait visiblement beaucoup d’énergie), t’es polonaise alors.

(J’ai l’habitude alors je n’ai pas polémiqué, j’ai juste dit que non, mais que je pouvais faire semblant si ça lui faisait plaisir – mais ça ne lui faisait pas plus plaisir que ça, il avait l’air même content d’apprendre que j’étais française)(ici, les Françaises sont plus ou moins assimilées à des vagins en libre service filles un peu légères).

T’es une artiste, il m’a fait toujours pieds nus sous la pluie, tu devrais rentrer là, on fait des trucs avec des amis qui sont aussi des artistes. Moi franchement, je n’aime pas qu’on m’accuse de porter des imperméables orange, alors j’ai dit que non que je n’étais pas trop une marginale artiste, mais que c’est vrai que j’aime bien les couleurs de type belles.

T’as peur, il a continué, mais faut pas avoir peur, rentre avec moi on va faire des collages. Et comme j’ai pris un air interloqué qui pouvait se confondre avec celui de la meuf intellectuellement limitée, il a articulé COL-LA-GES en anglais pour être sûr que je comprenne de quoi il s’agisse. J’avais bien entendu ducon, mais t’avoueras, on te propose rarement de but en blanc de participer à ce type d’activité. Et j’ai pas peur. Ce que je lui ai bien fait remarqué en passant la porte qu’il venait d’ouvrir devant moi.

Le truc c’était carrément un squat (putain ma vie est trop wild).

Je m’appelle Gabriel, il m’a lâché, et eux ce sont les autres, en me désignant les autres : un groupe de personnes affairées autour d’une grande table pleine de papiers, de tissus, de fils de raphia, de colle et autres rouleaux d’adhésifs.

Les mecs faisaient effectivement des putains de collages.

Moi j’ai dit salut ça va bien ?, et les colleurs m’ont souhaité la bienvenue en me proposant un rail de coke un café au lait, ce qui m’a immédiatement mise en confiance. Comme les présentations étaient effectuées et que le groupe avait visiblement adoubé ma présence, Gabriel m’a tendu une paire de ciseaux, une chaise et il a fait voilà, toi tu fais aussi un collage, après on le vendra aux enchères dans un festival.

Autant dire que je n’ai pas du tout la fibre artistique (j’aime bien l’alcool mais ça s’arrête là) alors quand il m’a annoncé que le thème de mon œuvre ce serait le conflit israélo palestinien (#LOL) je me suis dit cette journée c’est n’importe quoi, alors autant y aller franco. Du coup je me suis assise, et j’ai fait mes devoirs au milieu d’une bande de marginaux (dans un squat donc) jusqu’à ce que le Gabriel toujours aussi aviné décide de nous enrouler tous les deux à l’aide de gros scotch d’emballage, de m’arracher au passage quelques touffes de cheveux (sans déconner was ist mit dir LOS j’ai fait) puis de se mettre à genoux entièrement désapé dans le but déclaré de se faire pardonner (depuis j’ai décidé de ne plus pardonner qu’aux hommes nus « pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »).

J’aurais voulu prendre des photos de tout ça, mais dans un réflexe de survie, j’ai songé que ce n’était peut-être pas ni le lieu ni le bon timing pour exhiber mon Ifaune tout neuf histoire de faire une photo de famille.

Un après-midi normal à Berlin, en somme.

5 réflexions sur “Je ne parle jamais aux étrangers inconnus,

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