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elle est tout à fait comme vous et moi. L’autre jour, par exemple, c’était son anniversaire (un événement auquel elle non plus n’échappe jamais) et elle avait décidé de faire une célébration en forme de réception d’ambassadeur – attention hein ! pas ambassadeur en mode la Moldavie a sorti ses feuilletés aux knackis. Plutôt en mode les Emirats Arabes Unis veulent en mettre plein la vue au Qatar, alors on ne lésine pas sur le panache.

Tu viendras m’aider à cuisiner ? elle m’a demandé poliment.

Sachant que je lui avais proposé de bon coeur, je n’ai pas trouvé sa requête grave abusé et j’ai accepté avec grand plaisir et encore joyeux anniversaire.

Tu feras les gâteaux, elle m’a précisé (les gens pensent que c’est ma spécialité depuis que j’ai par mégarde réussi un gâteau au yaourt en y rajoutant de la cannelle), tu sais faire la pâte brisée ? (je ne sais pas faire cette chose – évidemment – mais je comptais bien me rancarder sur l’Internet mondial).

Bien sûr, tout le monde sait faire la pâte brisée, j’ai répondu au téléphone sur le ton le plus détendu possible, tout en gouguelant « pâte brisée rapide facile cent balles et un mars ». Je vais la faire à la maison (pour ne pas lui dévoiler mon secret honteux : marmiton) et après je viens chez toi pour faire les gâteaux (et quand je choisis le pluriel, je ne rigole pas).

Elle m’a dit c’est tout à fait d’accord, comme quoi elle avait le matériel et les ingrédients. Et puis elle m’a rappelée dix minutes avant que je parte, parce qu’après réflexion, elle n’avait pas de chose pour mixer (les professionnels de la gastronomie appellent ça une girafe – moi j’appelle ça un Bzzzzz) alors il fallait que je passe au Karstadt pour m’en procurer un.

Je suis arrivée avec mes boules de pâte plutôt pas mal brisée et le bzzzzz. J’ai fait bon, c‘est quoi que je dois cuisiner, assez prête à relever n’importe quel défi pâtissier (un mille feuille à la ganache de mange ? pas de souci). Elle m’a tendu des fiches de cuisine ELLE (cette femme est  clairement prête à fonder une famille) qui parlaient de gâteau au chocolat et de tarte tatin.

Honnêtement, j’étais presque déçue en m’apercevant qu’elle ne me confiait pas la réalisation d’une putain de pièce montée, mais j’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur (et puis comme ce n’était pas un mariage, je ne l’ai pas trop mal pris) et je me suis attaquée aux gâteaux au chocolat.

Montez les œufs en neige, ils disaient. J’ai regardé autour de moi – il y avait Cécile qui se démenait avec un chou, il y avait le bzzzz, un fouet et la force de mes bras . Seriously ? j’ai pensé. Y‘a pas de robot ? j’ai constaté avec effroi dit. Y’a pas de robot, on m’a confirmé (via la personne de Cécile toujours affairée avec le chou). J’ai pris les blancs des œufs, j’ai tout foutu dans un bol, et je les ai bzzzzzé à fond les ballons.

(Note pour les Internautes mondiaux : ça ne marche pas).

J’ai regardé le désastre, j’ai pensé à ma grand-mère qui était balèze en natation et en gâteau, je me suis dit que je n’étais bonne à rien et j’ai réfléchi que ça ne me dérangeait pas trop. Cécile a fait oué bon, ça ira comme ça, j’ai fait oué bon, ça ira mieux avec les Tatin. J’ai pris la fiche ELLE, j’ai demandé du sucre et du vin.

Y’avait pas de sucre et y’avait pas de vin.

Je suis allée au magasin chercher ces denrées assez rares pour ne jamais en avoir d’avance chez soi.

Quand je suis revenue, c’était carrément Sarajevo dans la cuisine vu qu’entre temps Cécile avait mis les bouchées double après avoir réalisé qu’elle s’apprêtait à recevoir vingt-cinq personnes. Et j’aime autant vous dire qu’à une heure et demie de l’échéance, le bilan bouffe c’était : deux cakes au chocolat à base de blancs pas trop battus en neige, du pain pré-tranché, et du chou en lamelles.

Cécile a donc assez grave badé puisqu’elle jouait sa carte d’hôtesse française super bonne qui en plus régale ses invités de mets totalement délicieux faits-maison (heureusement qu’elle peut toujours se reposer sur son physique).

On va y arriver, j’ai dit sur un ton de ouineur en pensant qu’on allait pas du tout y arriver. Du coup, on s’est transformé en espèce de Maïté (mais en bonne), et à vrai dire on se serait cru dans  une finale régionale de Un Dîner Presque Parfait (sans décoration moche à base de lampions chinetoques).

A 19:49, il n’y avait pas de verres propres.
A 19:50, j’ai démoulé les tartes tatin en faisant valser la croûte.
A 19:52, Cécile coupait encore du chou.
A 19:54, elle en avait marre du chou alors elle était toute stressée.
A 19:55, j’avais la robe de ma boulangère, la crinière d’un poney et la tête d’une marathonienne à cent mètres du final.
A 19:57, on regardait la cuisine comme si c’était le modèle d’expo de Poggen Pohl.
A 20:00, on s’est dit trocoule les gens sont en retard.
A 20:01,  ding dong (je ne sais pas quel est le vrai bruit d’une sonnette en Allemagne, imaginez).

Les schleus ne sont jamais foutus d’être à la bourre.

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6 réflexions sur “Cécile est une personne extraordinaire, mais pour certains trucs

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