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(sans me vanter, j’avais bien discuté des choses des provisions et des encaissements avec Muriel et Mylène De La Compta). Je paradais allègrement dans la rue avec mon sac d’ordinateur (comme tous les consultants, je me suis fait greffer un pécé au bras gauche), déjà bien guillerette à l’idée des bonnes choses de chez Picard que j’allais déguster le soir même (de la purée d’artichaut et du sorbet à la fraise, mais ça je n’en suis pas très fière)(pardon PD, j’espère qu’après ça vous voudrez toujours être ma partenaire de panache) quand TOUT D’UN COUP j’ai vu une petite personne (à vue de nez, pas plus d’un mètre quarante) qui sanglotait contre un mur.

(C’était Marius, mais ça je ne le savais pas encore).

Hé, ça va pas ?, j’ai fait comme ça avec mes sacs tout plein de glucides congelés.

(ça n’allait pas fort)

Qu’est-ce qui se passe ? j’ai demandé.

C’est ma mère, Marius a dit, et il sanglotait toujours à gogo comme quoi sa mère n’était pas rentrée (elle devait être rentrée), qu’il en avait marre d’être tout seul (ce n’est pas excessivement cool quand on a onze ans) et que de toute façon il était tellement malheureux.

Je ne savais pas trop quoi faire moi (à vrai dire je n’ai pas l’habitude de fréquenter des personnes de onze ans qui s’appellent Marius et dont la maman a disparu), alors j’ai fait bon, moi je m’appelle Julie (je m’appelle Julie, je ne peux pas mentir à des enfants), j’ai des tas de courses congelées, mais si tu veux on peut aller boire un chocolat chaud là-bas (j’ai montré cet horrible PMU qui était juste en face car je ne voulais pas qu’il pense que j’allais l’emmener pour le séquestrer dans une cave – de toute façon je n’en ai pas, de cave).

Je pensais qu’il allait flipper sa race et continuer à sangloter seul-tout (ça m’aurait bien brisé le coeur), mais que nenni : il a fait ah oui c’est vrai ? on peut ? et comme quoi ça le ferait bien kiffer (un autre mot, car les enfants utilisent des expressions du dictionnaire).

Alors on est allé boire un coup (lui un mojito double rhum chocolat chaud et moi un ballon de rouge coca cola sans sucre), il m’a raconté qu’il était en sixième, ses vacances, des choses de sa mère, de sa soeur, de ses copains, de sa classe, de son quartier, des choses que son père n’avait pas de vacances, bref, il m’a bien tapé sa life et après il a laissé un message sur le répondeur de sa mère en lui disant de ne pas s’inquiéter et qu’il était avec une gentille dame qui s’occupait de lui (entre nous, c’est plutôt lui qui m’entertainait à gogo).

A la fin, il m’a dit que bon, qu’il allait checker si sa mère était rentrée, mais que si elle n’était pas rentrée, est-ce que je pourrais rester avec lui parce qu’il avait peur tout seul et qu’en plus il n’avait pas mangé.

Moi j’ai dit que oui, pas de problème, et que s’il voulait on pourrait aller manger des samosas à l’indien de la rue (apparemment, il aime bien la cuisine qui fait cracher des flammes).

Mais bon, sa mère elle était rentrée.

Je ne sais pas trop si j’étais contente ou pas contente (je vais réfléchir à ce problème).

8 réflexions sur “Hier, je suis rentrée plutôt pas mal satisfaite de ma journée au service du Grand Capital

  1. Bonjour,

    Les parents font ce qu’ils peuvent et un enfant n’aime pas trop montrer qu’il est triste. Je pense que ca lui a fait beaucoup de bien de discuter avec vous. Le chocolat et le reste n’étaient pas vraiment nécessaire le fait que vous ayez été avec lui était déjà énorme .

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